Le licenciement en Amérique du Nord ou comment on perd son job en 15 minutes

Aujourd’hui on aborde un sujet qui soyons honnête est loin d’être le plus fun du monde, qui malheureusement a été encore plus d’actualité ces derniers mois avec la crise du Covid-19: le licenciement en Amérique du Nord ! Si je précise en Amérique du Nord c’est qu’il a de grosses différences entre ce qu’on peut connaître en France et la réalité ici. J’ai vécu l’expérience 2 fois, les 2 fois de façon très différentes. Revenons ensemble sur ces 2 expériences qui bien qu’un peu effrayantes font partie de la réalité du monde du travail ici et dont il faut être conscient. Dans ce premier article sur le sujet je vous parle de comment se déroule le licenciement pour je l’espère pouvoir vous aider à vivre cette étape au mieux si jamais vous y êtes confrontés !

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Commençons par le commencement: qu’est ce qu’un licenciement ?

Même si je pense que beaucoup savent de quoi il s’agit, ça ne fait pas de mal de faire un petit rappel pour s’assurer qu’on est tous sur la même longueur d’onde. Un licenciement est la rupture d’un contrat de travail permanent (En France on appelle ça un contrat à durée indéterminée, un CDI) à l’initiative de l’employeur.

Pour quelles raisons peut-on être licencié ?

En France le licenciement est très encadré, on retrouve 2 raisons principales: licenciement économique et licenciement pour motif personnel (à la suite d’une faute grave ou de de désaccords/mauvais résultats par exemple). Il y a de nombreuses étapes et le licenciement peut prendre des semaines, voire des mois, avant d’être effectif.
Au Canada les raisons d’un licenciement sont plus souples et surtout plus rapides. On évoque souvent une restructuration, une baisse d’activité ou un manque de résultat. Légalement votre employeur doit vous prévenir par écrit 2 semaines avant la date de votre dernier jour de travail. Dans la pratique le jour de l’annonce est souvent votre dernier jour et vous êtes payés les 2 semaines sans devoir être présent sur votre lieu de travail. Plus d’informations sur le site Canada.ca.

Le licenciement France vs Canada

En France le licenciement est une situation perçue de manière plus grave qu’au Canada. Principalement parce qu’elle résulte souvent d’une longue et éprouvante bataille entre un employeur et un employé et qu’elle est synonyme d’un problème qui n’a pas réussi à être résolu, que c’est souvent la dernière carte à jouer et donc qu’elle est vécue comme un échec. Le CDI étant vu en France comme une sécurité de l’emploi quitter un emploi sans l’avoir décidé est moins courant qu’en Amérique du Nord. Il est important de noter pour nos copains francophones qui passeraient par là et qui ne seraient pas familiers avec la loi du travail en France: en France nous avons la rupture conventionnelle qui permet à un employeur et un employé de décider d’un commun accord de se séparer. C’est aussi évidemment très encadré, plusieurs courriers, rendez vous et une indemnité. L’avantage est que contrairement à une démission l’employé pourra prétendre à des droits de chômage.
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Au Canada cette notion de sécurité de l’emploi n’existe pas. Avoir un emploi permanent de vous protège pas d’un licenciement surprise. Le licenciement est assez courant pour être dédramatisé, c’est une expérience que tout le monde vivra au moins une fois dans sa vie professionnelle (faites le test autour de vous, plusieurs de mes amis canadiens l’ont vécu au moins une fois).  Il faut aussi avouer que le marché de l’emploi canadien est plus attractif qu’en France (le temps de préavis est de 2 semaines quand vous quittez un emploi, ça permet d’avoir un turn over beaucoup plus rapide), la durée pour retrouver un emploi ensuite est de ce fait souvent plus rapide. Une angoisse en moins. Le fait que tout le monde soit assez détendu et pas du tout gêné par la notion de licenciement ici enlève un peu la sensation de honte et d’échec qu’on pourrait ressentir.
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Il y a un aussi une différence dans la façon de le présenter, en français on parle de licenciement, de se faire virer alors qu’en anglais dans le cas d’un licenciement hors faute grave on ne dira pas qu’on a été viré, mais qu’on nous a « ils m’ont laissé partir ». Il est important de noter la nuance.
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Mon expérience du licenciement au Canada

Rentrons dans le vif du sujet avec mon expérience du licenciement à Toronto. L’été dernier un mois et demi après mon licenciement je me décidais enfin à vous en parler dans cet article « A quoi ressemble le futur ? ». J’étais restée assez vague sur le licenciement en lui même pour plusieurs raisons. Après 18 mois au sein de la même compagnie, j’ai appris un jeudi de juin 2019 vers 12h qu’une restructuration avait lieu et que mon poste n’était plus nécessaire. Je n’avais plus de job. Effet immédiat. En grandissant on voit les licenciements dans les séries américaines comme quelque chose de dingue et d’impossible, parce que ce n’est pas notre culture. Et bien je peux vous confirmer que ça se passe exactement comme dans les films. Vous êtes convoqués aux ressources humaines le jour même, vous rentrez dans un bureau où on vous explique la situation, vous ressortez avec vos affaires sous le bras (souvent sans possibilité de retourner à votre bureau, on vous apporte vos affaires), on vous raccompagne à l’ascenseur et en moins de 30 minutes votre monde s’écroule. Aucun signe avant coureur qui aurait pu vous laisser une chance de vous préparer. Une surprise réussie… si ça avait été une fête.
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J’ai eu « la chance » de faire partie d’un plan de restructuration de 8 personnes, je n’ai donc rien pris personnellement. J’étais un chiffre dans un tableau Excel, rien de plus, rien de moins. Aucun intérêt d’extrapoler et d’imaginer tel ou tel scénario.
Je me souviens très bien de cette journée, je me souviens comment j’étais habillée et je me souviens surtout m’être dit que, porter des talons ce jour ci n’était peut être la meilleure des idées. Mais en même temps je venais travailler dans un bureau, je n’avais pas prévu d’errer dans la rue avec une collègue, toutes les deux un peu déboussolées, pendant 2 heures.
Au bout de 2 heures (qui m’ont semblé être 20 minutes) je savais déjà que ce licenciement était un mal pour un bien. Je rêvais d’une vie de freelance depuis des années. Le destin venait de me l’apporter sur un plateau. Je vous expliquerai pourquoi c’était sûrement la meilleure chose qui pouvait m’arriver un peu plus bas dans mes conseils pour rebondir (finalement ça se fera dans un second article) !
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J’ai été très bien entourée et quelques heures après j’étais en terrasse en train de boire des cocktails en bonne compagnie. Le soir je mangeais des glaces sur ma terrasse. Les 2 premières nuits ont été un peu agitées, je pensais aux dossiers que je n’avais pas terminés. Le cerveau met un peu de temps à comprendre que ce n’est plus notre problème et à se détacher de notre ancienne réalité.
A savoir que vous ne pouvez rien dire, vous ne pouvez pas entrer en contact avec vos collègues tant que l’annonce officielle n’a pas été faite en interne. Mais après ça j’ai reçu un énorme flot de soutien et ça, ça compte énormément.
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Je terminerai avec ma première expérience a eu lieu en août 2017, 6 mois après être revenue au Canada. Nous étions 2 sur un projet, mon collègue a été licencié à effet immédiat le lundi. J’ai passé la journée paniquée à penser que j’allais aussi y passer. Sauf que jusqu’au lendemain on ne m’a rien dit. On m’a parlé de la possibilité de devoir me laisser partir, qu’ils cherchaient des solutions. Quelques jours plus tard la décision était prise ils n’avaient plus le projet et donc plus de boulot pour moi. Cette fois ci j’ai eu vraiment très peur. Entre vous et moi les quelques jours entre l’annonce et mon dernier jour je faisais de la présence et je bossais sur mon CV pour trouver un boulot le plus rapidement possible. Enfin je vous dis entre vous et moi, ils étaient au courant mais ce que je veux dire c’est qu’une fois que vous êtes licenciés ils ne peuvent plus faire grand chose donc on pense à soi et à rebondir. Je ne connaissais rien au chômage, je n’avais pas du tout envie de connaître mes options, je voulais travailler. J’ai retrouvé un emploi dans un call center en banque en 2 semaines (oui la banque où la moitié des français a bossé haha). Je ne cherchais pas le job de mes rêves, je cherchais un moyen d’assurer financièrement. Ca a duré 3 semaines avant que je parte pour un autre poste (c’est souvent le cas quand on postule partout, on a des retombées encore quelques semaines, mois, et parfois on a de meilleures offres qui tombent).

Et concrètement ça se passe comment le licenciement au Canada ?

  • Vous êtes reçus par les ressources humaines qui vous exposent la situation, qui vous expliquent le motif, vous donnent des documents à signer (vous avez une date limite pour rapporter les documents signés, rien à signer sur place).
  • Vous recevez aussi en même temps les informations sur votre indemnité de licenciement. Je vous invite à lire le détail dans l’article sur le site du Canada ici pour en apprendre plus sur les indemnités auxquelles vous avez droit suivant votre ancienneté. Vous serez payés les 2 semaines de préavis plus un éventuel « package » selon l’entreprise.
  • Votre ROE (Record of Employment) sera envoyé à Service Canada pour commencer votre enregistrement au chômage (certaines entreprises le font automatiquement, d’autres vous le donnent et vous devrez le transmettre).
  • Vous devez rendre votre badge, clés, ordinateurs, téléphones etc.
  • Vous devez attendre l’annonce officielle avant de pouvoir échanger avec vos anciens collègues.
  • Vous avez quelques jours pour signer les documents, vous pouvez choisir de vous faire aider par un avocat (suivant votre poste, votre ancienneté et le montant de votre potentielle indemnité il est même recommandé de se faire aider d’un avocat). C’est le moment de négocier.

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L’après licenciement ?

Déjà soufflez un grand coup, je sais que suivant les situations et les visas, un licenciement peut vraiment chambouler tous vos plans et remettre en question votre immigration, votre vie ici. Malgré ça vous ressentirez rapidement que pour les Canadiens il n’y pas de raison de paniquer. Je me souviens de ma coloc à la suite de mon premier licenciement: « c’est bien tu vas avoir du temps pour te reposer ». Moi j’étais au bout du rouleau, je paniquais à l’idée de ne pas pouvoir payer mon loyer et elle me parlait de me reposer. Pour moi c’était juste impensable. Mais finalement même si sur le coup je n’ai pas vraiment compris sa réaction, ça m’a plus aidé que si elle avait paniqué et rajouter une dose d’angoisse à ce qui me semblait déjà être une belle situation de merde.

Le chômage suite au licenciement ?

Il est important de savoir que vous avez droit au chômage même en PVT. Vous avez droit au chômage si vous avez assez cumulé et que vous êtes légalement autorisé à travailler. Le chômage a un plafond de 500$ par semaine soit 2000$ par mois. Le calcul du début de votre chômage se base sur vos 2 semaines de préavis + le package que vous avez reçu + une semaine de carence. La durée dépendra de combien de temps vous avez travaillé avant. Comme toujours je vous encourage à vérifier les informations dans votre province puisque je parle de mon expérience en Ontario.

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J’avais prévu de parler de comment rebondir, comment regagner confiance en soi et plein d’autres choses sur l’après mais encore une fois j’ai beaucoup (trop?) parlé et l’article est sûrement déjà assez long donc on se se retrouvera dans un épisode 2 plus centré sur l’après. Ca vous va ? Si vous avez des questions précises profitez en en m’écrivant dans les commentaires.

Il y a plusieurs situations possibles pour un licenciement, ici je vous parle des 2 miens qui ont été assez simples. Evidemment chaque cas est différent et vous pourriez avoir besoin de plus d’aides. Dans ce cas là vous pouvez vous rapprocher du centre francophone de Toronto par exemple.

En attendant on se retrouve sur Instagram pour votre dose quotidienne de vie à Toronto !

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