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Le retour en France et si on en parlait ..

février 24, 2016

 

Le 30 juin je posais le pied sur le sol français après un an au Canada. Je venais de passer 15 jours aux Etats Unis j’étais bronzée et super excitée de retrouver ma famille et mes amis. Les 15 premiers jours c’est génial, on se saute dans les bras à longueur de journée. On boit l’apéro, c’est l’été alors on fait aussi des barbecues. On se reconnecte peu à peu à la vie « d’avant » sans plus jamais être celle qu’on était avant.

Et les ennuis commencent. La vie reprend son cours, le manque de l’étranger commence à se faire sentir. Nous voilà confronter à la réalité administrative d’un pays passionné par la paperasse.

Je me suis arrachée quelques cheveux au retour, mon expérience pourrait en aider d’autres.

Sunset Boulevard

Sunset Blvd. Juin 2015.

L’assurance maladie : j’avais lu partout de ne pas la couper car reprendre ses droits semblaient compliqué. De toute façon vous n’allez pas vous en servir donc vous ne causez du tord à personne.

Le chômage : Un peu le sujet de mon été 2015. Je suis partie le 1er juillet 2014 au Canada après 3 ans de CDI dans la même boîte, j’avais démissionné pour suivre mon rêve. Je ne m’étais pas inscrite au chômage avant de partir. J’étais plutôt fière face aux nombreux français que je rencontrais qui profitaient du chômage à l’étranger : moi je ne profitais pas d’un système déjà bien assez abusé comme ça. Jusque là tout va bien.

J’ai déchanté au retour, j’avais dépassé la limite légale de 12 mois depuis la fin de mon contrat pour m’inscrire et donc espérer toucher le chômage le temps de rebondir. J’étais à 12 mois et 2 semaines. J’apprends que dans certains cas il est possible d’avoir une dérogation. Je n’ai aucune intention de toucher le chômage pendant 2 ans, mais seulement quelques mois le temps de retrouver un emploi, après tout j’ai cotisé et j’ai moi aussi aidé ceux en recherche d’emploi. N’est ce pas l’intérêt de ce système : ne pas être abandonné quand on en a besoin ?

Arizona

Sur la route du Grand Canyon. Juin 2015.

Les rendez vous s’enchaînent, j’ai une équipe face à moi pas forcément agréable, qui me dit qu’aucune dérogation ne sera acceptée, qui me dit clairement que ma seule solution est de justifier de plus de 182 jours de travail à l’étranger pour toucher une aide réservée aux expatriés de retour en France : l’ATA : Allocation Temporaire d’Attente. I s’avère qu’elle n’est pas réservée aux expatriés puisqu’elle s’adresse aussi aux ex détenus ou encore aux réfugiés. Ok disons qu’on est tous à la même enseigne …

Cette allocation est versée par Pôle Emploi, qui me dirige aussi vers la CAF pour une demande de RSA. Une demande de quoi monsieur ? Mais j’ai toujours travaillé, je suis partie m’améliorer à l’étranger, le RSA c’est pour les personnes en difficulté non ? Apparemment je suis considérée comme quelqu’un en difficulté soit.

Vous imaginez ma tête, 6 semaines que je suis rentrée en France, que je me bats avec des papiers, que j’enchaîne les refus, et qu’on me fait bien comprendre que nous avons choisi d’aller vivre à l’étranger, qu’on se plait à répéter que l’herbe est plus verte ailleurs et bien nous n’avions pas qu’à revenir. Le moral en prend un coup, la motivation pour trouver du boulot a du mal à lutter, la période creuse de l’été n’aide pas non plus.

Edit du 25/02: une ancienne PVTiste m’a fait savoir que Pôle Emploi l’avait aidé à monter un dossier pour qu’elle touche son chômage après son retour, comme quoi il ne faut pas hésiter à demander, c’est un peu au bon vouloir de la personne que vous aurez en face de vous.

Vue des Twin Peaks. San Francisco Juin 2015.

Vue des Twin Peaks. San Francisco Juin 2015.

Comme je ne souhaite à personne de connaître ça récapitulons les clés pour un départ mais surtout un retour dans les règles.

  • Même si vous démissionnez inscrivez vous au chômage, anticipez votre départ de l’entreprise pour pouvoir avoir le temps d’avoir votre premier rendez vous chez Pôle Emploi. Si niveau délai vous êtes trop juste demandez à un conseiller la meilleure option.
  • Signalez votre départ à l’étranger lors de votre actualisation. Ceci suspendra vos droits que vous pourrez réactiver facilement au retour et continuer à percevoir comme si ne rien n’était.
  • Si vous partez en Europe vous avez droit de toucher le chômage français pendant 3 mois le temps de trouver un emploi, parlez en à votre conseiller.
  • Pensez à demander un justificatif à votre employeur étranger pour attester de vos jours de travail dans son entreprise. Si vous rentrez que vous n’avez pas droit au chômage mais que vous avez travaillé plus de 182 jours à l’étranger vous aurez droit pendant un an à environ 300€ par mois. C’est loin d’être suffisant pour vivre on est d’accord mais ça donne toujours un coup de pouce le temps de se retourner. A ceci s’ajoutera le RSA (37€ pour ma part puisque j’avais travaillé les 3 derniers mois au Canada et que le RSA se calcule sur les 3 derniers mois et qu’ils prennent en compte l’ATA que vous recevez).
  • Concernant l’assurance maladie mes droits ont repris leur cours normalement.
  • Pensez aussi à prendre une mutuelle le temps de retrouver un emploi (la mutuelle entreprise est obligatoire depuis le 1er janvier 2016), c’est quelque chose qui passe souvent à la trappe (oui oui j’avais oublié, merci les copines pour les conseils)
  • Après 2 mois et demi j’étais de retour au boulot, 4 mois sur 2 missions d’intérim et finalement un CDI sur un poste qui me convient très bien.

D’un point de vue légal je pense avoir fait le tour mais n’hésitez pas si vous avez d’autres questions.

High Park Toronto.

High Park Toronto.

Ensuite d’un point de vue du retour à proprement parlé, si vous rencontrez quelques soucis comme moi vous pouvez facilement vous sentir épuisé par ce retour, vous dire que finalement vous étiez mieux là où vous étiez : c’est tout à fait normal ! Il est difficile moralement de se dire qu’il est aussi compliqué de revenir dans son pays, on ne s’attend pas à avoir autant de démarches administratives, on ne sent plus le bienvenue chez soi. Et parfois aussi on a connu une année dans un pays où les choses sont beaucoup plus simples et rapides. Alors on remet tout en question : pourquoi ça marche si bien chez nos voisins et pas chez nous ? Mille questions et envie de révolutionner le pays vous traverse l’esprit. Je vous avais dis que le retour pouvait être épuisant ;).

Partir vivre à l’étranger est un projet prenant, envahissant, très demandeur en énergie, concentration, cela demande parfois des sacrifices (ne plus acheter de fringues qui ne rentreront de toute façon pas dans la valise ahah), cela peut même devenir une obsession. L’excitation du départ nous fait perdre tout sens de la réalité, les échelles de valeur sont chamboulées et un moindre mail de l’ambassade peut nous faire sauter de joie. Pour faire simple un départ à l’étranger c’est un ascenseur émotionnel incroyable entre l’excitation de l’inconnu mais aussi l’appréhension de sauter dans un avion direction un pays jamais visité. De la tristesse aussi, parce qu’on aimerait pouvoir emmener tout nos copains dans notre valise (mais qu’elle est déjà pleine de fringues rappelez vous). Qu’on aimerait avoir quelqu’un qui pourra partager l’aventure avec nous, ressentir la même chose que nous. Qui pourra plus tard se remémorer avec nous les souvenirs de cette année en terres inconnues.

J’ai commencé à préparer mon voyage en juin 2013, j’ai eu mon PVT le 02 Mars 2014, je suis partie le 01 juillet 2014 et rentrée le 30 juin 2015. C’est 2 ans de ma vie. Plus le temps au retour qu’il m’a fallu pour faire le deuil du retour. Je pense que je suis toujours en train de travailler dessus d’ailleurs.

Un départ à l’étranger se prépare en avance, prend une place énorme dans votre vie mais laisse aussi un vide immense après le retour.

Toronto Skyline.

Toronto Skyline.

Mes conseils au retour :

  • Avoir des copains copines qui ont connu ça, qui comprendront votre nostalgie et ne penseront pas que vous n’avez pas envie d’être avec eux en leur parlant d’ailleurs. Sachez sur qui vous pouvez compter quand le moral tombe dans les chaussettes.
  • Prenez le temps qu’il faut pour savoir ce que vous voulez faire, inutile de sauter sur tout ce qui bouge histoire de vous occuper, il faut accepter de rester calme un moment, de prendre le temps de retrouver ses repères, de vous retrouver vous même.
  • Faites le bilan de ce que cette année vous a apporté, autant pour vous personnellement que professionnellement. Vous serez alors prêt à vous vendre sur le marché du travail et à recommencer votre vie ici.
  • Après un temps de réflexion lancez vous de nouveaux projets, challenges, défis, rejoignez une association, commencez une formation, profitez en pour vous réorienter.
  • Et comme toujours soyez positif, oui l’année est finie mais pas la vie, on est toujours où nous sommes supposé être, si nous sommes ici et pas ailleurs c’est qu’ici nous attend quelque chose de mieux.

Depuis peu on parle du retour des expatriés qui ne sont pas accompagnés dans leurs démarches, disons que cela ne me concerne que très peu, après seulement un an j’étais encore en phase avec ce qu’il se passait en France, mais j’ai l’exemple de mon amie Marjo (et aussi blogueuse à France Canada et vice versa) qui est revenu après 10 ans à Toronto. Imaginez un peu le décalage. Le gouvernement commence enfin à prendre conscience que ces gens aussi ont besoin de soutien pour que le retour se passe dans les meilleures conditions.

Vous avez forcément quelqu’un autour de vous qui est parti puis revenu, alors oui il est plus qu’heureux de vous revoir mais il a quand même laissé un partie de lui là bas, et une partie de ses amis. Finalement cette année change beaucoup de choses et prend donc une place immense dans la vie. Personnellement le Canada aura toujours une partie de mon cœur et Toronto est ma seconde ville.

Vous anciens PVTistes, expatriés, quel conseil donneriez vous ?

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